En géomancie, Amissio (« la Perte ») est la figure de ce qui s’en va : la dépense, la séparation, le détachement — défavorable pour garder, heureuse pour se délivrer.
« Ce que l'on serre trop fort finit toujours par glisser entre les doigts. » — Adage attaché à Amissio
Amissio en géomancie : la figure qui laisse aller
Amissio, la Perte, se compose de la succession 1-2-1-2 : un point simple, une ligne double, un point simple, une ligne double. C'est le dessin d'Acquisitio retourné de haut en bas. Là où le Gain dressait deux coupes à l'endroit, prêtes à recevoir, la Perte les présente renversées : ce qu'elles contenaient s'écoule. La tradition y voit aussi une bourse ouverte vers le bas, ou un arbre dont les racines sont plus larges que les branches — un capital qui retourne à la terre.
Ses noms arabes répondent mot pour mot à ceux de sa sœur. Acquisitio était la « possession entrante », la force qui prend à l'extérieur et réunit à l'intérieur ; Amissio est la possession sortante, la force qui part du dedans et se disperse au dehors. Les deux figures ne se comprennent jamais l'une sans l'autre : elles décrivent ensemble le double mouvement de toute chose, qui entre puis qui sort.
Figure de Feu selon la plupart des traités, elle est placée sous Vénus et le Taureau. Elle porte le vert et le cuivre, métal de Vénus, et son jour est le vendredi. Sa durée est brève : ce qu'elle emporte part vite. Son influence est dite défavorable pour tout ce que l'on veut obtenir ou garder — et favorable pour tout ce dont on souhaite être délivré.
L'esprit d'Amissio : perdre n'est pas échouer
Amissio parle de perte, de dépense, de séparation, de ce qui échappe. Lue à la hâte, elle serait la figure la plus redoutée des seize, celle qu'on ne voudrait jamais voir sortir. Mais la tradition est plus fine que cela. La figure ne dit pas « tout est perdu » : elle dit « quelque chose s'en va », et elle demande de regarder quoi.
Car tout dépend de la question posée. Pour une affaire d'argent, un achat, un procès ou un objet égaré, Amissio est mauvaise : ce qui est parti ne reviendra pas, ou pas tel quel. Mais pour une maladie, une dette, une peur, une relation qui étouffe ou un ennemi, elle est au contraire l'une des meilleures figures du thème : ce que l'on veut voir partir, partira. La Perte est aussi une délivrance.
Et puis il y a Vénus. Sous sa planète, Amissio garde une douceur inattendue : la tradition la dit favorable aux sentiments. Le cœur se donne, et ce qui se donne, par définition, sort de soi. C'est pourquoi les vieux manuels la lisent volontiers comme un bon présage en amour, quand elle est si sévère pour la fortune — l'amour est l'une des rares choses qui grandissent quand on les dépense.
Sur différents plans :
- Sentimental : don de soi, sentiments sincères et généreux ; mais aussi, parfois, une séparation qui libère, ou un attachement qu'il est temps de dénouer
- Financier : dépenses, pertes, argent qui file ; la période invite à la prudence, aux économies et à ne rien prêter qu'on ne puisse perdre
- Professionnel : fin d'un poste, d'un contrat ou d'un projet ; un renoncement qui fait de la place à autre chose
- Intérieur : détachement, lâcher-prise, deuil à traverser ; la fin d'une illusion, d'une peur ou d'une vieille habitude
Amissio dans les Maisons du Blason : ce qui s'en va
En traversant les douze maisons, Amissio répand partout le même mouvement : les choses diminuent, se défont ou s'éloignent. Maison par maison, il s'agit de savoir si ce départ appauvrit ou s'il soulage.
Maison I — Vita : la générosité et la fatigue
Un tempérament généreux, sensible, parfois dépensier, qui donne volontiers de son temps et de son énergie. La tradition signale une vitalité moins abondante qu'ailleurs : il faut veiller à ne pas s'épuiser pour les autres.
Maison II — Lucrum : l'argent qui file
Pertes d'argent, dépenses imprévues, placements décevants. C'est la maison où la figure est la plus dure : le conseil est de compter, de différer les achats importants et de ne pas spéculer.
Maison III — Fratres : les nouvelles décevantes
Des nouvelles qui n'apportent pas ce qu'on attendait, des courriers égarés, des déplacements inutiles. Un lien avec l'entourage proche peut se distendre.
Maison IV — Genitor : le foyer qui change
Départ du lieu de vie, vente d'un bien, détachement de la famille d'origine. Ce n'est pas forcément un malheur : on quitte parfois une maison devenue trop étroite.
Maison V — Filii : l'amour qui se donne
Amours sincères et généreuses — c'est ici que Vénus adoucit le plus la figure. Le plaisir coûte, en revanche : jeux et spéculations sont déconseillés.
Maison VI — Valetudino : la guérison
L'une des meilleures positions d'Amissio : la maladie s'en va, la fatigue se dissipe, une charge de travail s'allège. Ce que l'on perd ici, c'est ce qui pesait.
Maison VII — Uxor : l'union et le détachement
Un sentiment partagé, un don réciproque ; mais aussi la fin d'une association ou d'un contrat qui ne tenait plus. Pour une procédure, la tradition annonce qu'on perd la partie.
Maison VIII — Mors : la dette effacée
Un héritage qui se réduit ou qui échappe ; mais aussi une dette éteinte, une peur ancienne qui se dissout. La maison des transformations accueille bien la figure : ce qui meurt ici laisse la place.
Maison IX — Peregrinationem : le voyage coûteux
Des voyages qui coûtent plus qu'ils ne rapportent, des projets lointains qui s'éloignent. Sur le plan intérieur, en revanche, la perte d'une croyance devenue étroite ouvre souvent un horizon plus large.
Maison X — Regnum : le changement de place
Perte d'un poste, d'un titre ou d'une position, réputation qui s'effrite. La tradition y lit aussi un changement de carrière : on lâche une place pour en chercher une plus juste.
Maison XI — Amicii : les appuis qui s'éloignent
Des amis qui coûtent, des protections qui s'effacent, des espoirs qui ne se réalisent pas. C'est le moment de compter sur soi plutôt que sur les promesses.
Maison XII — Inimicii : les ennemis qui partent
Dans la maison la plus difficile du blason, Amissio fait merveille : les ennemis s'éloignent, les épreuves se dissipent, une prison intérieure s'ouvre. La perte, ici, est une libération.
Amissio dans les Figures Finales : ce que dit la conclusion
Les quatre figures qui couronnent le thème précisent ce qui s'en va, et ce que ce départ rend possible.
Témoin de gauche (le passé)
Des pertes ou des séparations qui ont marqué le consultant, des efforts qui n'ont pas été récompensés. Le passé a appris ce que coûte le fait de trop donner — ou de trop retenir.
Témoin de droite (le présent)
Une période de dépouillement : quelque chose se défait, des ressources diminuent, un lien se relâche. La tradition conseille de ne pas lutter contre le mouvement, mais d'en faire l'inventaire : ce qui part était-il encore vivant ?
Le Juge
Amissio compte six points, comme Acquisitio : nombre pair, elle peut donc siéger comme Juge. Son verdict est défavorable pour ce que l'on espérait gagner ou conserver, et favorable pour ce que l'on souhaitait voir disparaître. Tout dépend, ici plus qu'ailleurs, de la manière dont la question a été posée.
La Sentence (Subjudex)
Là où Acquisitio montrait un monde emporté par le « toujours plus », Amissio montre son revers : un environnement qui oblige à renoncer, à alléger, à faire avec moins. La Sentence n'est pas une condamnation : elle rappelle que ce qui a été possédé finit toujours par circuler.
L'enseignement initiatique d'Amissio : faire de la place
Sur le chemin intérieur, Amissio vient après Acquisitio, et l'ordre a son sens : après la récolte, le partage — ou la perte. La figure referme cette série de seize parce qu'elle dit la chose que toutes les autres préparaient : rien ne se possède vraiment.
Acquisitio éprouvait la droiture de celui qui gagne. Amissio éprouve la paix de celui qui perd. Ce n'est pas la même épreuve, mais c'est la même leçon, vue de l'autre côté : ce qui entre doit pouvoir sortir, et ce qui sort laisse de la place à ce qui vient.
« Une période de détachement commence : laissez partir ce qui doit partir. Ne retenez pas par la force ce qui ne vous appartient plus, et ne cherchez pas à compenser chaque perte par une acquisition nouvelle. Ce qui vous est enlevé aujourd'hui fait de la place pour ce qui vous attend. »
Vénus, planète d'Amissio, n'est pas une divinité de l'avoir : c'est celle du lien, de la beauté et du don. Elle rappelle que la valeur d'une chose ne tient pas à ce qu'on en garde, mais à ce qu'elle a permis de vivre. C'est pourquoi la figure de la Perte peut être lue, au terme du chemin, comme une figure de confiance : on lâche plus facilement quand on sait que la vie continue de donner.
Conclusion : la main ouverte
Quand Amissio paraît dans un tirage, il faut la prendre au sérieux sans la dramatiser. Elle annonce un départ, une diminution, une fin. Pour les questions d'argent, de biens ou de procès, elle conseille la prudence et le renoncement. Pour les questions de santé, de dettes, de peurs ou d'ennemis, elle annonce au contraire une délivrance.
Avec elle s'achève notre série consacrée aux seize figures de la géomancie. De Via, le Chemin, à Amissio, la Perte, chacune a raconté une part du même voyage. Pour reprendre ce voyage depuis le début ou retrouver une figure, la rubrique Géomancie les réunit toutes, et l'article d'ensemble sur les seize archétypes en donne la carte.
« La main fermée retient peu de chose ; la main ouverte peut tout recevoir. »
La géomancie s’enseigne aussi aux Jardins de la Sérénité. Écrivez-nous pour connaître les prochaines dates.


